AHMAD


Réalisé par échange mail en juin 2007 (Questions par Monia)


Tu as grandi entre Flers et Créteil, comme de nombreux jeunes de banlieue, le rap te prend dans ces filets en 1993. Peux-tu nous raconter la genèse de ta carrière ?
Le 1er morceau de rap que j ai entendu venait d’une vidéo de SkateUS, le rap était peu présent à l’époque c’était le truc qui nous avaient complètement retourné, ca duré 1 minutes sur la vidéo, on l’avait enregistré sur K7 audio en boucle. Plus tard des amis ont formé des groupes de rap, moi je les suivais de loin sans penser un jour prendre le micro, j’écoutais beaucoup de trucs américains comme Redman, Slick Rick, Main Source, A tribe called quest…Puis un jour, mon ami Has me demande de l’aider à écrire un truc... j’ai alors commencé a rapper de temps en temps sans prendre vraiment le truc au sérieux.
En 1998 suite au décès de ton partenaire musical Moha Titi, tu pars vivre à Montpellier. Quel accueil as-tu reçu de la communauté rap locale ? As-tu rencontré des difficultés particulières en t’installant dans le sud ? 
Moha était vraiment plus investi que moi, il avait déjà fais des premières parties, il avait toujours plein de textes, il m’expliquait quelques trucs techniques. Moi j’étais un peu « tête en l’air ».En fait c’est une fois à Montpellier que j’ai vraiment commencé à prendre le rap plus au sérieux. J’ai rencontré les « men of Steele » des mecs super ouverts, hyper calés avec qui j’ai taffé plusieurs maquettes. C’est avec eux que j’ai compris l’importance de la forme, les phases bien construites ,la punchline, les rimes riches , tout ce coté ludique dans le rap qui fais qu’on a toujours envie de faire différemment et mieux que la dernière fois. Un peu plus tard, j’ai rencontré le producteur Non grata, lui m’a amené plus que des productions, il m a amené un univers, et m’a initié à la production musicale. Les gens du sud on la réputation d’être très accueillants et je n’ai pas eu de problèmes pour être accepté A la base je devais rester à Montpellier un an ou deux, ca vas faire neuf ans que j’y suis. Mais je ne me proclame pas le porte parole du hip-hop montpelliérain, mon son représente plus un état d’esprit qu’un code postal.
Après avoir sorti 2 Street-cd et un premier album « Le sens de la formule » tu reviens avec un second album intitulé « Le môme qui voulut être Roi », un album-recueil truffé de clins d’œil aux artistes, chansons ou encore aux dialogues de films que tu affectionnes.  Quels faits et quels personnages t-on inspiré pour cet album ? 
C’est assez varié, ca vas de Fawzy al aidi (un conteur Irakien), Averroès à Jay-z, Masta ace en passant par Nina Simone,Sly Stone ,Renaud ou les westerns italiens comme « El chuncho », « Le grand silence », je peux aussi avoir des phases qui viennent après avoir passé un bon délire chez l’épicier du coin. Dans l’album je fais parfois des sortes de « petits hommages » plus ou moins appuyés à toutes ces influences. Par exemple le début de l’intro est un clin d’œil à celle d’illmatic de Nas, Le titre de l’album est une référence au film de John Houston « l’homme qui voulut être roi ».
D’ailleurs quel message se cache derrière le titre de ton album « Le môme qui voulut être roi » ? 
C’est la génération des rêveurs déchus .Petit on voit grand, on veut bouffer le monde. Enfant, personne ne rêve d’être une personne lambda, d’être Mr ou Mme « tout le monde », non, on veut être « le roi », on croit que l’on aura un destin loin de l’ordinaire Pour se rendre compte des années plus tard qu’on est rien de tout ca, on l’a juste voulut, et qu’il faut apprendre à n’être qu’un homme.
Comment définis-tu ce second opus ?
C’est une vision des choses avec recul et second degré, je n’ai pas voulu imposé ou figé.les points de vue Je l’ai voulut réfléchie sans être moraliste avec un peu d’ironie et d’humour, il y a aussi un coté revanchard. Je ne veux pas imposer, je veux convaincre. 
A l’écoute de l’album, on s’aperçoit que tu te situes loin des clichés du rap français, Quels pièges as-tu évité pour ne pas tomber dans la caricature du rap ?
Je n’ai pas fais cet album en opposition à tel ou tel courant du rap francais.D’ailleurs un ou deux thèmes de l’album peuvent paraîtres assez courant, mais c’est dans la manière, dans le style que j’ai essayé d’amener une identité. Surtout je n’ai pas voulus faire de genre d’album avec le titre triste, le titre revendicatif, le titre festif…Etc. Non j’ai voulut que chaque thèmes soit abordés de toutes les facettes possibles, je trouve que cela amène une subtilité et un état d’esprit à l’écriture et à l’ambiance générale de l’album 
Apres je sais que pour certains ma façon d’aborder mes morceaux, ce n’est pas du rap pur et dur...Si ce n’est pas du rap alors je ne sais pas !!! je dois faire du reggae tibétain sans le savoir   lol
On accuse le rap français de tourner en rond. Que souhaites-tu apporter avec « Le môme qui voulut être Roi » 
Ceux qui disent que le rap tourne en rond sont surement des gens qui n’écoutent que d’une oreille en restant cantonné au deux ou trois courants qui marchent médiatiquement, ou alors ce sont des gens aigris. Il y a peut être un style qui est plus présent, Mais bon, ca ne me dérange pas plus que ca. Regarde il y a dix ans c’était la même : on avait Alliance Ethnik, le Mia et dans l’obscurité il y avait la Cliqua. Aujourd’hui ce serai presque l’inverse c’est le rap dit « ghetto » qui fait la Une, demain ca sera les trucs parodiques...etc. Apres pour apporter son truc au mouvement français il faut déjà bénéficier d’une grosse exposition. Il est plus facile sous couvert d’une exposition médiatique d’« imposer » un style. Le gars qui est le meilleur du monde dans sa chambre, ca n’apporte rien au mouvement, il faut aussi un minimum d’ambition. 
 Tu jongles avec les figures de style et les métaphores, ton identité musicale se veut fraîche XXXXXcérébrale, comment s’est déroulée la réalisation de ton album ? De l’écriture au studio en passant par le choix des sons. 
L’album a vraiment été réalisé sur un an et demi en prenant mon temps (c’est le sud...lol), 
Il n’y pas eu de choix du style : « quel thème je vais aborder », je n’ai  jamais écris de cette façon qui ressemble à de la rédaction scolaire. Je ne focalise pas sur un seul texte et je passe souvent d’un texte à l’autre, d’une phrase à la recherche d’un sample, et des fois je ne fais plus rien pendant des semaines… ca peut paraitre bordelique pour quelqu’un de très organisé. Mais il faut que ca reste spontané, pas le truc ou je me dis « aller aujourd’hui je vais parler de ci ou ca » .Surtout que mes textes sont le plus souvent élaborés avec l’enregistreur vocal de mon portable qu’avec des feuilles et un crayon, je n’écris jamais en studio et je n’enregistre jamais en lisant le texte à la main. 
Je commençais souvent l’instrumentale quand je sentais que je tenais bien le texte et l’ambiance que je voulais donner au morceau. Pour les sons avec Non-grata, on a travaillé un peu de la même façon : j’élaborais les textes en même temps qu’il composait l’instrumentale. Pour moi un morceau c’est un peu comme un film ou l’instrumentale pourrai être le décor, le flow : le personnage, et l’écriture : le scenario.
La scène est un passage inévitable dans la carrière d’un artiste, peux-tu citer des salles ou festivals où tu t’es produit ?
J’ai fais la plus part des festivals et des salles de la région  le rockstore et victoire 2 pour les plus connues, j’ai aussi été sélectionné avec Pledge pour le printemps de bourge en 2005 Le problème pour un artiste provincial c’est que souvent il n’a accès aux salles de sa ville qu’en faisant les 1ere parties. Pour certains medias provinciaux, il faut parfois faire ses preuves à l’échelle nationale pour qu’ils nous considèrent un minimum. La scène, le web et le bouche à oreille restent pour un indépendant le meilleur moyen pour exposer sa musique. 
 Ton album se veut fédérateur conscient, ludique et porté par une écriture décalée et ironique. Quel regard as-tu sur le rap français d’aujourd’hui ? Quels rappeurs ou groupes français affectionnes-tu ?
Il y a beaucoup de styles différents dans le rap français, aujourd’hui on peut dire qu’il y a presque plusieurs raps français même si je n’aime pas les étiquettes. J’espère qu’artistiquement la province va pouvoir exposer ses talents plus facilement pour amener un autre savoir faire qui s’affranchira des codes des gros pôles rapologique. Et je pense qu’elle réussira son pari en faisant abstraction des ces « courants » du rap, et en les mélangeant sans calculs stratégiques .En ce qui concerne le mouvement français, j’en apprécie plus certaines œuvres que des carrières en particulier. En faisant vite, J’ai vraiment aimé des albums comme « jusqu'à l’amour » des sages po, « jeunes coupables et libres » des x men, « opéra puccino » d’Oxmo...etc. Actuellement des artistes comme Dreyf, Moms ou Flynt tournent dans mon I pod.
Certains titres ont été mixés par Dj Poska, comment vous êtes vous rencontrés ? Que t’a apporté cette collaboration avec un Dj de renom comme Poska ?
En fait c’était pour le « spéciale province » avec mon morceau « class’96 » 
Poska avait écouté quelques maquettes, et m’a alors proposé de travailler des morceaux pour sa compilation, Cette collaboration m’a surtout permis d’approcher des medias qui étaient quasi-hermétiques au fait que je vienne de province avec un 1er album en totale indépendance (sans distribution, ni label...).Poska a passé mes titres sur de grosses radios, il a parlé de mon style dans certains magazines spé, ce qui m’a donné une exposition plus importante, je lui suis vraiment reconnaissant. Cela s’est enchainé avec un clip qui a eu d’excellents retours. Par la suite, j’ai eu quelques propositions, et j’ai donc pu sortir dans de meilleures conditions cet album « le môme qui voulut être roi »
 Peux-tu nous parler du titre « le coin de rue » où tu dis « ici le droit chemin est limité, on est garé en double file sur les chemins de la dignité ».
Je veux dire par là que parfois, malgré avoir suivi toutes les règles du jeu on n’est pas forcement récompensé comme il se doit. Par exemple j’ai les diplômes pour travaillé dans l’enseignement, j’y faisais des remplacements en attendent de cumulé le nombre d’heures suffisant pour le concours interne, on m’a longtemps fais miroiter un poste fixe, un jour ils n’on plus eu besoin de moi je me suis retrouvé précaire du jour au lendemain sans chômage, rien, retours dans le hall. Là, ta dignité en prend un sacré coup. Apres je le dis avec mes images et un peu d’humour, je ne veux pas être défaitiste.
Présente nous les jeunes talents montpelliérains qui t’accompagnent sur cet album : Arken, Yocko et Pledge. Et de la scène rap montpelliéraine en général.
Arken est parisien, il a participé à la compilation « juste nous » .J’avais apprécié son maxi produit par 20syl de Hocus Pocus, on s’est rencontré grâce à  mon frère sur paris 
Yocko est un artiste de Montpellier qui fait partit du groupe « petits meurtres entre amis » c’est un gros performeur qui retourne une scène en 30 secondes, il m’accompagne toujours sur scène ou en radio.
Plegde est lui aussi un Montpelliérain d’adoption comme moi.Pledge c’est une plume et un flow proche du slam.
La scène rap montpelliéraine a souvent été mise de coté. Le hip Hop montpelliérain avait pourtant eu des acteurs majeurs comme Design qui était sur la structure coté obscur avec Iam au début des années 90  .Je pense que c’est aussi une question d’époque .Aujourd’hui Montpellier est devenu une ville qui accueille beaucoup de gens des quartes coins de France, Beaucoup d’acteurs de la scène montpellieraine sont originaires d’autres villes. Ce qui a amené un réel renouveau et une émulation. C’est une scène qui s’est aussi affranchie des cadres associatifs, en effet cela n’amenaient rien de bon sur le plan artistique et sur l’image. Je suis content de voir que les jeunes d’ici ont aujourd’hui de plus grosses ambitions pour leur musique. Il ya des nouveaux artistes qui se sont bien Structurés qui travaillent tranquillement, des personnes comme « Real Impakt », le « Petits meurtres entre amis », ce sont des gens avec de vrai univers, avec une vraie signature musicale
Penses-tu à revenir t’installer en région parisienne afin de poursuivre ta carrière artistique ?
Ma famille est toujours sur Paris, donc je monte régulièrement .C’est vrai que la capitale est un passage obligé pour défendre son truc et c’est un atout d’y avoir un pied a terre. Mais Montpellier est une ville qui comme je te le disais, est en pleine émulation; j’y retrouve ici ce que j’aimais quand j’ai commencé a rapper : une compétition très créatrice et prolifique Pour la réalisation de cet album il y a eu une belle équipe montpelliéraine, des personnes qui croient vraiment en ce projet. En plus je viens d’être papa, et c’est une ville plutôt sympa pour les poussettes...lol. 
Tes projets : collaborations, scène, 
Je vais communiquer partout ou on me le permettra  pour que cet album soit découvert et existe ; les premiers morceaux m’ont amené de belles rencontres notamment avec un réalisateur, Anthony Gandais, avec qui on travaille sur un nouveau clip. Je ne refuse jamais une collaboration quand celle-ci présente des affinités artistiques et humaines, il y a eu des projets très carrés qui on vu le jour comme la compilation « Solaris » ou « 30-34 »sur lesquels j’y apporte ma touche. J’ai aussi un projet qui regroupera des artistes (pas forcement hip-hop) qui on un état d’esprit et un univers bien affirmés. Le site www.ahmadonline.fr ouvrira d’ici peu. Les dates des scènes à venir, et l’actualité de l’album seront sur le site. Il y a aussi le myspace www.myspace.com/samirahmad 
 Monia je tenais http://www.ahmadonline.frhttp://www.myspace.com/samirahmadshapeimage_2_link_0shapeimage_2_link_1
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